26 mai 2014

Dépouillement

... de bulletins de vote.

Dimanche matin ensoleillé, une cour d'école maternelle, une salle bien vide, "a voté". Puis, cette petite question, mélange de doute et d'espoir: "seriez-vous disponible ce soir, à vingt heures, pour le dépouillement des votes?"

Et pourquoi pas? Avons-nous jamais l'occasion de découvrir les coulisses de toutes ces petites choses de la vie qui nous entourent? Alors j'ai dit oui. Même décor, quelques heures plus tard. Sous la douce lumière du soleil couchant, la cour d'école semble plus étrange encore, flottante. Alors que les derniers votants se précipitent aux isoloirs, valise à la main pour certains, les volontaires montrent quelques signes de fatigue. Ont-ils réellement passé toute la journée ici?

Puis l'ambiance change. "Le scrutin est clos". Les tables sont réorganisées, les urnes ouvertes, les enveloppes rassemblées par cent. Les volontaires au dépouillement signent la feuille, puis, comptage. C'est un sentiment étrange, nous sommes toujours citoyens, mais plus tout à fait les mêmes que ceux qui ont placé leur propre scrutin dans l'urne ce matin. Nous devenons neutres. Alors que la jeune maghrébine cite les noms, nous ne sommes plus l'électeur, content ou navré que le parti ait eu une voix de plus, l'opinion est mise de côté au service de la démocratie.

Autour de la table, une dame d'un certain âge, visiblement habituée des dépouillements de scrutins, ouvre les enveloppes. Puis, trois jeunes d'une trentaine d'années. "Vous êtes étudiants? Non? Vous avez l'air jeunes!" A une époque où la jeunesse peine à se déplacer jusqu'à l'isoloir, est-ce si curieux d'en voir toute une brochette dépouiller des enveloppes un dimanche soir à vingt heures?

L'opération étrangère devient familière, peu à peu. Les colonnes se cochent plus vite, les noms des listes s'abrègent. Jean-Luc Mélenchon serait fort aise de savoir comment le nom de sa liste,  "L'Europe de la finance, ça suffit! Place au peuple", fut abrégé. Et une voix pour "l'Europe de la finance".

Une enveloppe vide? Appelons le président du scrutin - elle doit être vérifiée et signée. Tout est codifié, règlementé. Deux personnes comptent les bulletins, chaque enveloppe de cent est recomptée à la fin, puis le total est calculé, plusieurs fois, à la fin du dépouillement. Mais au sein de cette structure, un lien se tisse entre les volontaires. La discussion continue, quelques minutes, sur le chemin du retour. Il paraît que j'ai un sosie dans "plus belle la vie".

Découvrir les coulisses de ces petites choses de la vie. C'est enrichissant. C'est incroyable, tous ces éléments du quotidien dont on ne sait rien. Qui eût cru que les scrutins sont dépouillés et comptés entièrement à la main? Alors j'ai imaginé, dimanche 25 mai, entre vingt heures et vingt-et-une heures, des centaines de personnes, partout en France, à ouvrir des enveloppes, réciter les noms des listes, cocher des feuilles à 23 colonnes, pendant que les journalistes spéculaient au journal télévisé.

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